Le 7 octobre à N'Djamena, le Comité ministériel de l'Union monétaire de l'Afrique centrale a adopté un règlement modificatif qui supprime le plafond des opérations de placement privé sur le marché financier régional. Le texte a été publié le 13 octobre sur le site de la Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale, la Cosumaf, et entre en vigueur le 1er novembre 2026, selon Investir au Cameroun et l'Agence Ecofin, qui rapportent la même chronologie.
Jusqu'à présent, une entreprise ne pouvait mobiliser que 20 milliards de FCFA sur douze mois par cette voie, d'après Investir au Cameroun. Ce plafond disparaît. Le journal cite l'article 88 révisé : « Les opérations de placement privé ne sont soumises à aucune limitation de montant. »
Quatre paramètres changent, et un cinquième passe inaperçu
Le nombre maximal d'investisseurs qualifiés par opération passe de 40 à 99, selon Business in Cameroon et l'Agence Ecofin. La souscription minimale est fixée à 10 millions de FCFA par investisseur, une notion distincte de l'ancienne valeur nominale minimale de 50 millions par titre, précise Investir au Cameroun.
En contrepartie de la levée du plafond, un même émetteur ne peut plus réaliser que deux émissions par placement privé sur 24 mois glissants, toujours selon Investir au Cameroun. L'enregistrement auprès de la Cosumaf reste obligatoire, mais il s'agit d'un contrôle de conformité formelle, pas d'un avis sur la solidité économique de l'opération.
Le cinquième changement est le plus structurant et le moins commenté : la revente. Les titres issus d'un placement privé peuvent désormais être cédés à d'autres investisseurs qualifiés n'ayant pas participé à l'émission d'origine, via un compartiment dédié de la Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale, rapporte Business in Cameroon. Jusqu'ici, la cession restait enfermée dans le cercle initial.
Qui franchit réellement la porte
Le dispositif reste réservé aux investisseurs qualifiés. Une personne physique doit justifier de compétences financières et d'un patrimoine net d'au moins 50 millions de FCFA. Une personne morale qui ne l'est pas de plein droit doit afficher au moins 250 millions de FCFA de capitaux propres, selon Business in Cameroon.
Banques, compagnies d'assurance, fonds de pension et fonds d'investissement sont qualifiés de plein droit, et la Cosumaf doit publier une liste actualisée de ces investisseurs, ajoute le même média. Les opérations enregistrées avant le 1er novembre restent soumises à l'ancien régime jusqu'à leur terme.
Notre lecture : un outil de moyenne entreprise, pas de TPE
Avec 99 souscripteurs au ticket minimum de 10 millions, un tour de table complet pèse environ 990 millions de FCFA. Ce calcul est le nôtre, et il donne l'ordre de grandeur du profil d'émetteur visé : une entreprise déjà structurée, capable de produire des comptes lisibles et de rémunérer un intermédiaire de marché agréé.
L'histoire récente invite à la mesure. Business in Cameroon rappelle, en s'appuyant sur la note d'information de son emprunt obligataire 2025, qu'Alios Finance a réalisé quatre placements privés depuis 2007, pour 14 milliards de FCFA recherchés et environ 13,75 milliards souscrits. L'outil existait donc déjà, et il restait peu utilisé.
Ni le régulateur ni les médias consultés ne chiffrent le financement supplémentaire attendu de la réforme. Notre lecture : le verrou qui saute est réglementaire, pas commercial. Pour un DAF camerounais ou gabonais, la question utile d'ici le 1er novembre n'est pas le montant désormais autorisé, c'est de savoir si 99 investisseurs qualifiés de la zone ont une raison de dire oui.
Une précision de méthode : le texte réglementaire est publié sur le site de la Cosumaf, que nous n'avons pas pu consulter directement au moment d'écrire. Les chiffres ci-dessus proviennent de trois rédactions économiques qui les rapportent de façon concordante.
Sources
- Investir au Cameroun, Brice R. Mbodiam, 14 octobre 2026, « Placement privé : la Cosumaf supprime le plafond de 20 milliards autorisé, pour stimuler la mobilisation des financements » : https://www.investiraucameroun.com/finance/1410-23972-placement-prive-la-cosumaf-supprime-le-plafond-de-20-milliards-autorise-pour-stimuler-la-mobilisation-des-financements
- Business in Cameroon, 14 octobre 2026, « Central Africa Lifts CFA20 Billion Cap on Private Placements to Help Companies Raise More Capital » : https://www.businessincameroon.com/finance/1410-16976-central-africa-lifts-cfa20-billion-cap-on-private-placements-to-help-companies-raise-more-capital
- Agence Ecofin, Chamberline Moko, 14 octobre 2026, « CEMAC : la COSUMAF assouplit le placement privé pour faciliter le financement des entreprises » : https://www.agenceecofin.com/actualites-finance/1410-142387-cemac-la-cosumaf-assouplit-le-placement-prive-pour-faciliter-le-financement-des-entreprises
- Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale (Cosumaf), textes réglementaires : https://cosumaf.org/reglementation/reglementation-instructions
