Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a présidé à Douala, les 22 et 23 octobre 2026, la 12e session du Cameroon Business Forum, selon le communiqué de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA) publié le 23 octobre. La plateforme de dialogue public privé reprenait après six ans d'interruption, sur le thème ZLECAf et transformation productive.

La relance avait été annoncée deux jours plus tôt par Financial Afrik, sous la signature de Bernard Bangda. D'après News du Cameroun, qui publie le 26 octobre un article de Défis Actuels, la session a réuni environ 300 participants : membres du gouvernement, patronat, chambres consulaires, partenaires techniques et financiers.

Le patronat est venu avec des chiffres, pas des vœux

Toujours selon Défis Actuels, le président du GECAM Célestin Tawamba a chiffré le coût de l'environnement d'affaires : 65 % des entreprises recourent aux groupes électrogènes pour absorber les coupures, dont il estime le coût à 2 à 4 % du PIB. Il a opposé l'objectif de 12,5 % de hausse des recettes fiscales en 2026 à une croissance attendue autour de 3,5 %. Un écart de plus du triple : ce rapport est notre calcul.

Le président de la CCIMA Christophe Eken a présenté, selon Africa24 le 24 octobre, les contraintes déclarées par les entreprises interrogées : 66 % citent la hausse des prix des fournisseurs, 63,5 % le poids de la fiscalité, 45 % le coût de l'énergie, 40 % celui des intrants importés et 33,5 % les difficultés de recouvrement des créances. Les trois premiers chiffres figurent aussi dans le communiqué de la CEA, qui les attribue à des enquêtes d'entreprises de la CCIMA.

Précision de la rédaction : ni la CEA ni Africa24 ne nomment cette enquête, son échantillon ou sa date, et la part de 14 % du PIB que Africa24 attribue à la valeur ajoutée manufacturière n'y est rattachée à aucune source. Ces deux points ne sont pas confirmés à la source primaire.

Quatre engagements, une matrice, une échéance

Le gouvernement a retenu quatre axes, rapporte Défis Actuels : simplifier les procédures administratives, accélérer les chantiers d'énergie et de routes, améliorer l'accès des PME au financement et renforcer la compétitivité des entreprises. Chaque recommandation doit être adossée à une matrice de suivi nommant un responsable, une échéance et un indicateur.

Le ministre des Finances Louis Paul Motaze a rappelé, dans le même article, une ligne de crédit de 200 milliards de FCFA mise en place il y a environ trois ans et l'existence de garanties publiques pour les entrepreneurs sans collatéral. Le GECAM réclame de son côté un calendrier public d'apurement des arriérés de l'État, le remboursement des crédits de TVA dans les délais légaux et un bilan public à six mois.

Ce bilan est le vrai rendez-vous. Six mois après la session, cela place l'échéance autour d'avril 2027 : ce calcul est le nôtre. Défis Actuels note que les recommandations publiées ne permettent pas de savoir si les arriérés, la TVA, l'arbitrage entre investissement et fonctionnement dans la loi de finances 2027 et la sécurité foncière figurent dans la matrice. Notre lecture : sans cette liste nominative, un dialogue relancé après six ans redevient un rituel.

Ce qu'une PME exportatrice peut utiliser maintenant

La CEA, par la voix de Jean Luc Mastaki Namegabe, directeur de son Bureau sous-régional pour l'Afrique centrale, met en avant des outils déjà disponibles. Un guide pas à pas sur le commerce des marchandises dans la ZLECAf et un portail national d'information commerciale ont été validés à Douala en août 2026, avec pour cible prioritaire les PME et les entreprises dirigées par des femmes ou des jeunes.

L'institution insiste sur deux points techniques qui décident de l'accès aux tarifs préférentiels : la maîtrise des règles d'origine et la définition d'exigences nationales claires pour le label Made in Cameroon, appuyées par l'assurance qualité et la certification. Elle projette une hausse de 45 % du commerce intra-africain d'ici 2045 sous ZLECAf.

Pour un dirigeant, l'ordre des priorités se lit ainsi : documenter ses règles d'origine avant de viser un marché régional, chiffrer son coût de l'énergie et son délai de recouvrement avant de réclamer une réforme. Notre lecture.

Sources

  • Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, « Cameroon's AfCFTA ambitions hinge on stronger business climate », 23 octobre 2026 : https://www.uneca.org/stories/cameroons-afcfta-ambitions-hinge-stronger-business-climate
  • News du Cameroun, article de Défis Actuels, « Cameroon Business Forum : le gouvernement promet des réformes, le patronat réclame des actes », 26 octobre 2026 : https://www.newsducamer.com/cameroon-business-forum-le-gouvernement-promet-des-reformes-le-patronat-reclame-des-actes/
  • Africa24, « Cameroun : 40% des entreprises face au coût d'intrants », 24 octobre 2026 : https://africa24tv.com/cameroun-40-des-entreprises-face-au-cout-dintrants/
  • Financial Afrik, Bernard Bangda, « Cameroun : le gouvernement relance le Cameroon Business Forum à Douala », 21 octobre 2026 : https://www.financialafrik.com/2026/10/21/cameroun-le-gouvernement-relance-le-cameroon-business-forum-a-douala/