Le 2 novembre 2026, deux textes de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) sont entrés en vigueur. Ils changent concrètement ce que l'on peut faire avec un compte mobile money dans les huit pays de l'UEMOA. Et ils posent une question à ceux qui travaillent en zone CEMAC : pourquoi eux, et pas nous ?

Ce qui change depuis le 2 novembre

Premier changement, les plafonds. Selon l'Instruction n°20 de la BCEAO, datée du 8 octobre 2026, le solde autorisé passe de 2 à 4 millions FCFA chez un même émetteur. Le cumul mensuel de rechargements monte de 10 à 15 millions FCFA. Les anciens plafonds dataient de 2015 (sources : Pulse Côte d'Ivoire, Business & Actuality).

Deuxième changement, les transferts. Entre opérateurs différents, le passage par la plateforme de paiement instantané de la BCEAO, la PI-SPI, devient obligatoire. Les envois entre particuliers sont gratuits tant qu'ils ne dépassent pas 8 000 FCFA cumulés par jour, et la réception reste gratuite (Senego). Au-delà du seuil, des frais s'appliquent. Un plafond de 0,8 % est évoqué par une source, mais un autre article ne le confirme pas : à vérifier auprès de l'opérateur.

Un marché qui a pris de l'avance

Ces règles s'appuient sur un volume impressionnant. En 2024, l'UEMOA comptait environ 248,7 millions de comptes de monnaie électronique, dont 76,8 millions actifs, pour 160 415 milliards FCFA de transactions annuelles, selon le rapport BCEAO cité par Business & Actuality.

Le taux d'inclusion financière de l'UMOA atteint 73,6 %, dont 57,2 % via les services financiers numériques. Autrement dit, le téléphone est devenu la première agence bancaire de la région.

Autre garde-fou : au moins 65 % de la monnaie électronique en circulation doit rester sur des comptes bancaires immédiatement mobilisables. L'argent des clients ne doit pas dormir dans des placements risqués (source : Pulse).

Pourquoi la PI-SPI compte autant que les plafonds

Les plafonds font les titres, mais l'interopérabilité change la vie. Lancée le 30 septembre 2025, la PI-SPI compte 175 participants et donne accès à plus de 38 millions de personnes, d'après Pulse. Wave l'a rejointe, notamment en Côte d'Ivoire et au Sénégal.

Concrètement, envoyer de l'argent d'un portefeuille à un autre ne devrait plus dépendre de l'opérateur du destinataire. Pour un commerçant, c'est un client en plus qui peut payer sans télécharger une deuxième application. Pour l'opérateur, c'est la fin d'un verrouillage confortable.

Cette source reste unique sur ces chiffres : prudence, donc, tant que la BCEAO ne les publie pas elle-même.

Pourquoi la CEMAC est concernée

La CEMAC suit une autre logique. D'après CEMAC ECO Finance, le règlement de la BEAC sur les établissements de monnaie électronique est plus restrictif, l'interopérabilité via le GIMAC reste perfectible, et le marché est dominé par les filiales des grands groupes télécoms.

Le Cameroun pèse lourd : 24,86 millions de comptes fin 2023, soit 62 % du total communautaire d'après la BEAC. Mais au Tchad et au Congo, la pénétration chez les adultes peine à dépasser 15 %.

Côté fiscalité, le Cameroun applique depuis 2022 une taxe de 0,2 % sur les transferts électroniques, à laquelle la loi de finances 2025 ajoute 4 FCFA par transaction. L'article de CEMAC ECO Finance estime que cela risque de freiner l'inclusion.

Ce que cela change pour une PME camerounaise

Rien de direct : la décision de la BCEAO ne s'applique pas en zone CEMAC. Mais elle crée un point de comparaison que vos clients, vos fournisseurs et vos partenaires d'Abidjan ou de Dakar connaissent déjà.

Si vous vendez en ligne ou encaissez par Orange Money ou MTN MoMo, retenez trois réflexes. Regardez d'abord le coût réel d'un encaissement, taxes comprises. Ensuite, ne dépendez pas d'un seul opérateur. Enfin, suivez les annonces de la BEAC sur l'interopérabilité, car c'est là que se jouera la prochaine étape.

Le pari derrière la réforme

Relever les plafonds, c'est accepter que le mobile money serve aussi aux salaires, aux achats de stock et aux petites entreprises, plus seulement aux dépannages entre cousins. Le taux d'activité des comptes reste pourtant de 30,9 % : les ouvrir est une chose, les faire vivre en est une autre.

Ce qu'on ne sait pas encore

Rien n'indique que la BEAC prépare un alignement. Les chiffres UEMOA viennent de la presse reprenant les textes officiels, que nous n'avons pas consultés directement. Les frais au-delà de 8 000 FCFA et le traitement des retraits chez les agents restent à clarifier.

Une chose est sûre : quand une banque centrale relève un plafond vieux de dix ans, elle envoie un signal. Celui d'un secteur assez mûr pour qu'on lui laisse plus de place. À la zone CEMAC de décider si elle veut le recevoir.