Il est fascinant d'observer la croissance fulgurante des ambitions financières de notre État. En parcourant la loi de finances 2026, je ne peux m'empêcher d'être saisi par un certain vertige devant les chiffres :

« Le budget de l'État pour l'exercice 2026 s'équilibre donc en ressources et en emplois à hauteur de 8 816,4 milliards FCFA contre 7 335,9 milliards en 2025. »

Comment ne pas s'étonner de ce bond de près de 1 500 milliards de FCFA en une seule année ? Avec ma curiosité naïve, je me demande bien quel miracle permettra de collecter les 4 889,5 milliards de FCFA de recettes fiscales et douanières attendus. Le gouvernement semble miser sur un « assouplissement » fiscal pour le numérique pour huiler les rouages de cette machine budgétaire. Mais s'agit-il d'une véritable bouffée d'oxygène pour nos entrepreneurs ou d'une simple promesse sur papier glacé ?

Les « cadeaux » de la loi de finances : une révolution de papier ?

L'Article Septième de la loi de finances semble, à première vue, paré des meilleures intentions pour nos jeunes pousses et nos centres d'apprentissage. On y lit des engagements forts :

Alinéa 1 : Les équipements et l'outillage techniques destinés à l'enseignement professionnel sont exonérés des droits et taxes à l'importation.

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Alinéa 2 : Les biens d'équipements destinés au développement des startups au titre de la promotion de l'économie numérique sont exonérés des droits et taxes de douanes à l'importation.

C'est une nouvelle admirable, n'est-ce pas ? Pourtant, une petite précision à l'Alinéa 3 me laisse songeur :

Alinéa 3 : La liste des équipements et de l'outillage technique visés aux alinéas 1 et 2 ci-dessus est fixée par un acte du ministre chargé des Finances, en liaison avec les ministères chargés de la Formation professionnelle et de l'Économie numérique.

Je me pose alors une question toute simple : combien de temps devront attendre nos startups avant que cet « acte » ne soit signé ? En l'absence de cette fameuse liste administrative, ces cadeaux fiscaux ne restent-ils pas prisonniers des tiroirs ministériels pendant que les conteneurs s'entassent au port ?

La SND30 : quand la stratégie patine à mi-chemin

Le rapport du Comité national de suivi-évaluation (CNSE) sur la Stratégie Nationale de Développement (SND30) nous offre un bain de réalité saisissant. À mi-parcours, le décalage entre les rêves de 2020 et la réalité de 2026 est difficile à ignorer.

Ambition SND30 Réalité à mi-parcours (2025/2026)
Taux de croissance cible 8,5 %
Taux d'investissement global 29 % du PIB
Crédit au secteur productif 23,2 % du PIB

Il est surprenant de constater que le moteur du secteur privé, censé porter l'investissement de 20 % à 26 % du PIB, semble avoir quelques ratés. Comme le souligne le CNSE, la SND30 n'a satisfait que 49,6 % des besoins identifiés. L'émergence serait-elle un chantier dont on a oublié de livrer la moitié des matériaux ?

Ce constat fait écho à l'analyse du paradoxe du Lion : un potentiel immense entravé par des infrastructures et des politiques qui n'avancent pas au même rythme que les ambitions affichées.

L'infrastructure : entre pannes sèches et amendes records

Le secteur des télécommunications vit un paradoxe qui me laisse pantois. D'un côté, le régulateur punit sévèrement les opérateurs pour la qualité de service ; de l'autre, l'État peine à fournir les éléments de base :

  • Une « piteuse » qualité punie par des millions : les quatre opérateurs (MTN, Orange, Camtel et Nexttel) ont été condamnés à payer un total de 8,8 millions USD d'amendes. Mais comment un opérateur peut-il offrir un service impeccable quand le réseau électrique national défaille ?
  • Le délestage comme norme : en saison sèche, le délestage peut atteindre 90 % dans certaines zones. Si la centrale de Nachtigal est enfin censée injecter ses premiers mégawatts, le retard accumulé reste colossal.
  • Monopole vs investissement : je m'émerveille de voir MTN investir 250 millions USD pour moderniser son réseau, alors que Camtel, en situation de « stagnation relative » selon les observateurs, conserve le monopole jaloux sur la fibre optique. Est-il raisonnable de punir des entreprises privées pour la mauvaise qualité du réseau alors qu'elles dépendent des infrastructures critiques (fibre et énergie) contrôlées par l'État ?

L'intelligence artificielle au service du fisc : un paradoxe de priorités

Il existe une disposition dans cette loi qui illustre parfaitement nos priorités nationales. L'Article 20 autorise les douanes à entrer dans l'ère de la modernité absolue :

« L'Administration des douanes est habilitée à utiliser les technologies de rupture, notamment l'intelligence artificielle, pour la recherche des informations, le croisement des données du commerce extérieur et l'analyse des fichiers des contribuables... »

C'est absolument fascinant : notre administration est prête à déployer des algorithmes de pointe pour traquer le moindre contribuable, même dans un village reculé. Pourtant, dans ce même village, il est souvent impossible de capter un signal 2G pour appeler une ambulance.

Pourquoi l'IA est-elle jugée prioritaire pour remplir les caisses de l'État, alors que la ministre Minette Libom Li Likeng doit encore implorer de « dépasser la juxtaposition de plateformes isolées » et que Judith Yah Sunday rappelle qu'il n'y a « pas de souveraineté numérique sans maîtrise des infrastructures » ? Serions-nous en train de construire un fisc du futur sur des câbles du passé ?

Conclusion : la question à 44 432 milliards

Le rapport du CNSE s'achève sur un chiffre qui devrait tous nous faire réfléchir : 44 432 milliards de FCFA. C'est l'écart colossal entre les investissements prévus et ceux réellement réalisés pour espérer atteindre nos objectifs à l'horizon 2030.

Alors que nous n'avons satisfait que 49,6 % des besoins identifiés, le gouvernement place désormais tous ses espoirs dans des « champions nationaux » comme Soproicam pour combler ce gouffre. Mais avec une épargne intérieure qui recule et des infrastructures numériques encore fragiles, une question naïve demeure : l'intelligence artificielle du fisc pourra-t-elle compenser le manque d'investissements réels dans le moteur de notre économie ?

Pour les entrepreneurs qui naviguent dans ce paysage, la leçon est claire : ne comptez pas sur les promesses budgétaires pour bâtir votre stratégie digitale. Comptez sur vos propres systèmes, votre visibilité et votre capacité à performer malgré le contexte — c'est précisément ce que nous défendons chez Improved Agency.