L'une des contradictions les plus flagrantes de la politique actuelle réside dans l'arbitrage entre investissement et taxation. Pour stimuler la compétitivité, l'État a investi 1,4 milliard de FCFA dans la mise en place de deux Points d'Échange Internet (IXP) à Douala et Yaoundé, avec l'objectif explicite de réduire les coûts pour l'utilisateur final.

Cependant, cette volonté de baisse des prix est neutralisée par une logique d'extraction fiscale immédiate. L'introduction de la taxe de 0,2 % sur les transactions par mobile money (Loi de finances 2022) vise à collecter 20 milliards de FCFA. Ce choix crée un déséquilibre majeur : on finance l'infrastructure d'un côté, tout en taxant l'usage de l'autre, au risque de saboter la Stratégie Nationale de la Finance Inclusive (SNFI) qui vise 65 % d'accès aux services financiers d'ici 2027.

« Cette taxe pourrait avoir l'effet inverse et entraver le faible niveau actuel d'inclusion financière. Elle présente un caractère inéquitable puisqu'elle s'applique au mobile money mais pas aux virements bancaires classiques. » — Avertissement du Fonds Monétaire International (FMI).

En taxant le segment le plus inclusif du marché, l'État transforme l'outil de bancarisation des populations rurales en un fardeau fiscal, freinant ainsi la circulation de la valeur dans l'économie réelle.

TikTok : l'espace d'arbitrage social de la nouvelle classe moyenne

Il est impératif de déconstruire le cliché de TikTok comme plateforme purement récréative pour adolescents. Au Cameroun, TikTok est devenu l'espace d'arbitrage social privilégié de la population active. Les données sont formelles : 60,8 % des utilisateurs appartiennent à la tranche des 25-34 ans. Il ne s'agit pas de « Gen Z » en quête de divertissement, mais du cœur de la force de travail disposant d'un véritable pouvoir d'achat.

La plateforme sert de levier d'empowerment et de storytelling brut. Le cas de Diana Bouli est exemplaire : en transformant son influence en capital social, elle finance des infrastructures médicales, illustrant comment la viralité peut se muer en impact tangible. Le marché camerounais affiche d'ailleurs une parité de genre et une maturité thématique qui le distinguent de ses voisins :

Indicateur Cameroun Côte d'Ivoire
Tranche d'âge dominante 25-34 ans (60,8 %) 25-34 ans (66,4 %)
Répartition par genre Parité (49,6 % H / 50,4 % F) Majorité masculine (61,5 % H)
Contenu dominant Storytelling familial, humour brut Débat social, écotourisme, activisme

Cette audience valorise l'authenticité culturelle, ouvrant un boulevard pour les marques capables d'abandonner les standards publicitaires aseptisés pour adopter un langage de proximité.

Du « storytelling » au « story-doing » : briser le scepticisme par l'action

Dans un environnement saturé de « congossa » et marqué par un scepticisme historique envers la publicité traditionnelle, la résonance culturelle ne suffit plus. Le marché exige du story-doing.

Les marques qui dominent le récit sont celles qui agissent sur le quotidien :

  • Le Héros Collectif : à l'instar de La Béninoise (modèle de réussite patriotique observé au Bénin par la Sobebra), qui transforme un produit de consommation en emblème de résilience nationale.
  • Le Mentor/Allié : des acteurs comme Coliba (recyclage) ou Wave (fintech) qui résolvent des points de douleur structurels.

C'est cette philosophie de l'action que déploie Improved Agency. Face à la méfiance des PME locales, l'agence privilégie le modèle « Teach-to-fish ». En apprenant au client à maîtriser Google Workspace ou Microsoft 365 plutôt que de simplement « faire pour lui », elle brise le cycle de dépendance technologique. La crédibilité naît de la transmission du savoir-faire, faisant de la formation le premier levier de confiance commerciale.

L'impératif de la cohérence

La transformation numérique du Cameroun ne se résoudra pas par le simple déploiement de la fibre optique. Elle exige une synchronisation entre ambition politique et réalité fiscale. Le fossé reste vertigineux : 30 % d'accès internet en zone urbaine contre seulement 7 % en zone rurale.

Pour combler cette fracture, le Cameroun doit s'inspirer des modèles d'inclusion par le bas, tels que les « Digital Ambassadors » du Rwanda ou le programme « BeniBiz » du Bénin, qui misent sur la formation de proximité. La responsabilité est partagée : l'État doit cesser de subordonner le développement numérique aux besoins fiscaux immédiats, tandis que les marques doivent passer de la simple visibilité à un engagement communautaire mesurable.

L'inclusion numérique cessera d'être une utopie quand le développement ne sera plus subordonné aux besoins fiscaux immédiats.

Greg-Olivier Yamben — Consultant Digital et Spécialiste en Communication Multimédia, Improved Agency